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Pierre Canouï


Pierre Canouï est pédopsychiatre et docteur en éthique, il est président de la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse (FF2P) depuis 2012. Il a travaillé en soins palliatifs à l’hôpital Necker, à Paris, ainsi que sur les risques suicidaires chez les enfants et les adolescents.
Je l'ai photographié pour Psychologies magazine.

 
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Voici un extrait de son interview :

Psychologies : Depuis mai 2010, le titre de psychothérapeute est protégé, mais pas la pratique de la psychothérapie. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

Pierre Canouï : La loi a encadré un titre sans donner un contenu au métier. C’était une démarche louable : il s’agissait de mettre de l’ordre dans une profession très hétéroclite, avec des niveaux de formation disparates, afin de protéger les patients des dérives sectaires. Mais le résultat est boiteux : des gens qui ne sont pas formés à l’accompagnement psychothérapeutique peuvent désormais porter le titre, tandis que d’autres professionnels qui le sont – aujourd’hui appelés psychopraticiens – n’y ont plus droit. Il est devenu encore plus difficile de s’y retrouver !

Qui peut se dire psychothérapeute ?

Pierre Canouï : Depuis sept ans, ont donc le droit de porter ce titre les psychiatres (ils ont fait des études de médecine avec une spécialisation en psychiatrie) ; les autres médecins (à condition qu’ils fassent une formation complémentaire en psychopathologie) ; les psychologues cliniciens (justifiant d’un master 2 de psychopathologie clinique) ; et, curieusement, car c’est le seul diplôme de la liste qui ne soit pas délivré par l’État, des psychanalystes (inscrits dans les annuaires de certaines associations). Par ailleurs, des psychopraticiens ont aussi obtenu le titre officiel en passant par ce qui a été appelé la procédure de « grand-parentage », par laquelle ils ont pu faire reconnaître leur expertise et leur expérience.

Que veut dire le mot « psychopraticien » ?

Pierre Canouï : C’est le nouveau terme, depuis 2010, pour désigner ceux qui exerçaient la psychothérapie et qui ne peuvent plus, selon la loi, porter le titre de psychothérapeute. Mais cela n’est pas satisfaisant car, à nouveau, n’étant pas réglementé, il désigne des personnes avec des formations très différentes. Certaines très sérieuses, d’autres beaucoup moins. Heureusement, les fédérations de psys1 se sont mises d’accord sur des critères à remplir pour définir ce métier de psychopraticien. À la Fédération française de psychothérapie et psychanalyse, nous avons même créé un « certificat de psychopraticien » qui demande, pour l’obtenir, de répondre à des critères bien précis, très proches d’ailleurs de ceux du certificat européen de psychothérapie. Nous avons aussi travaillé sur la définition du métier de psychopraticien pour chaque méthode : psychologie de la motivation, gestalt, etc.

1. En particulier le SNPPsy, l’Affop, PsyG et la FF2P, en relation avec les fédérations européennes regroupées au sein de l’European Association for Psychotherapy.

Certains psys ont donc le titre officiel de psychothérapeutes alors qu’ils ne sont pas formés à la psychothérapie ? Cela semble fou !

Pierre Canouï : Oui. Ni les psychiatres, ni les médecins, ni les psychologues n’ont été formés, dans le cadre de leurs études universitaires, à accompagner un patient en psychothérapie. Pour les psychiatres, cela est en train de changer, certaines facultés de médecine proposant désormais des « initiations » aux postures psychothérapeutiques. Mais être sensibilisé quelques heures est peu comparable à une formation de cinq à sept ans, comme celle de certains psychopraticiens ! C’est comme si les artistes apprenaient leur métier dans les livres, sans les milliers d’heures d’atelier ! Or, cela prend du temps de s’initier à cet accompagnement si particulier par l’écoute, la reformulation, le non-jugement. Il faut aussi être capable d’être à la fois dans la relation avec le patient, disponible à ce qui se dit et se vit, mais aussi en position dite « méta », c’est-à-dire vigilant à ce qui se joue dans l’entre-deux de la relation thérapeutique et dans le temps plus long de la thérapie. Il s’agit enfin de savoir poser un cadre à la thérapie (avec des règles de non-passage à l’acte, de respect mutuel, etc.) et de la mener, avec ses aléas, jusqu’à son terme. L’ironie du sort, c’est que les médecins, psychiatres et psychologues ont souvent fait une formation dans une des écoles privées où les psychopraticiens apprennent aujourd’hui leur métier. C’est ce que j’ai fait, en parallèle de mes études de médecine. Et c’est pourquoi je me reconnais plus comme psychopraticien que comme psychothérapeute selon la loi !